L’AMEP se Raconte :

Une création qui n’a pas été de tout repos !

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n 1969, la Martinique s’oriente vers la fin de la crise de l’économie sucrière. Fort de France se retrouve alors envahie par les ruraux voulant trouver du travail dans le chef lieu et sa périphérie. Ne s’étant pas préparé à cet exode rural et ne bénéficient pas de mesures d’accompagnement et d’accueil suffisant, Fort-de-France et ses environs verront naître de nombreux bidons ville. Dans ces conditions de vie très difficiles les jeunes avaient difficilement accès au système scolaire.

Aussi, la décision de créer une école fut prise, en 1969, pour :

  • Pourvoir à l’éducation des jeunes martiniquais qui ne trouvent pas de place dans les écoles publiques de la Martinique,
  • Lutter contre l’analphabétisme,
  • Tenter de réduire la délinquance et le chômage en permettant à certains jeunes d’acquérir des diplômes et des connaissances nouvelles,
  • Promouvoir un enseignement et une pédagogie tenant compte des spécificités martiniquaises,
  • Développer la recherche pure et appliquée dans le cadre d’un laboratoire de recherches.
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es différents promoteurs de cette école, Mr et Mme DEGRANDMAISON, Mr Aimé CESAIRE et un groupe d’hommes proches de ces derniers, se sont inspirés d’une association guadeloupéenne, l’AGEP (Association Guadeloupéenne d’Education Populaire), créée par Gérard LAURIET, un pédagogue mondialement connu pour avoir édité des livres pour l’UNESCO.

Ce sont ces idées culturelles nouvelles, une pédagogie innovante de la créolité mais aussi la Municipalité de Fort de France et quelques intellectuels prêts à se mettre au service de l’éducation qui ont permis l’ouverture, le, 29 septembre 1970, de l’AMEP.

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imé CESAIRE, alors Président du Conseil d’Administration de l’association et Renaud de GRANDMAISON, secrétaire, avaient octroyé bâtiments et mobiliers dans un quartier populaire, à SAINTE-THERESE, rue BEAUSEJOUR pour dispenser les cours. Dès l’ouverture de l’établissement l’AMEP a connu un rush. Tous les jeunes pouvaient y avoir accès. Le créole était utilisé comme support pédagogique.

Mais le succès de son démarrage cachait bien des difficultés d’ordre administratif. En effet l’AMEP eut a affronter une administration coloniale particulièrement agressive et hostile à tout mouvement d’émancipation de martiniquais désireux de gérer eux-mêmes leurs propres affaires.

C’

est ainsi qu’en novembre 1970, le préfet de l’époque, Mr TERADE, s’oppose à l’ouverture de l’établissement au motif que les dossiers n’avaient pas été déposés auprès des services compétents, ce qui était faux ; ce dernier avait purement et simplement refusé l’acte juridique de création de l’association.

L’AMEP passe outre cette opposition, garde ses portes ouvertes et saisit Maître MANVILLE qui porte l’affaire devant les tribunaux.

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n janvier 1971, une décision du conseil académique de l’Académie de BORDEAUX déclare irrecevable l’opposition formulée le 09 novembre 1970 par le préfet de la Martinique.

Cependant, le procès va en appel devant le Conseil Supérieur de l’Education Nationale et ce n’est qu’en mai 1970 que l’AMEP est reconnu légalement. De plus, c’est une attestation signée du préfet, CHEVANCE, qui a reconnu en 1982 (sur présentation de documents) que l’AMEP avait été créée, effectivement, en 1970.